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GOD BLESS AMERICA !

Dreams n°34
 
Vous en conviendrez, un film dans lequel un chat se nomme Herpès ne peut être un film entièrement mauvais. Au contraire, un film avec Kad et Olivier au mieux de leur forme, avec un Gérard Darmon racontant son enfance d’enfant tapir, avec un Jean-Paul Rouve à qui la moustache sied plus que jamais et avec un Alain Chabat dont le travestissement n’a d’égal que le talent de chanteur, et bien cela ne peut être qu’un petit bijou. D’autant que la technique suit et lui permet de surprendre chacun par son ambition et son résultat. MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ? peut se vanter d’être la première comédie française parodiant le cinoche américain en utilisant sciemment ses artifices, nous plongeant dans un microcosme si familier que nous l’observons pour le coup avec un œil rigolard, et offrant au passage une esthétique beaucoup plus agréable que celle à laquelle nous ont habitués les grosses productions populo-comiques. « Keu-uah ? ! » C’est à dire que Kad et Olivier et leurs amis nous ont concocté ce qui ressemblerait à un banal film policier américain s’il n’était pas emprunt de l’humour spécifique au duo. L’aventure Pamela Rose avait commencé avec une série diffusée sur la chaîne Comédie et disponible depuis début juin en Dvd, le film prolongeant l’univers d’un FB-aïe foireux et cultivant un humour à degrés multiples, du gag plus qu’énorme au détail visuel qui tue. Les agents Richard Bullit et Douglas Riper mènent une enquête pas spécialement compliquée mais les scénaristes et interprètes recueillis et élevés par les moines shaolin de Montargis l’ont enrichie d’une foultitude de décalages prompts à transformer la linéarité de l’intrigue en une suite de virages comiques aussi secs que jouissifs.
Il y a moult choses rigolotes dans le film d’Eric Lartigau, mais pas seulement. Nous aimons beaucoup nous marrer chez Dreams (même si Cécile-Fleur n’a pas rencontré Pamela Rose, arf !) mais nous aimons en sus nous pencher sur des cas assez spéciaux de compositeurs de musique de films. Ennio Morricone, Philip Glass, Elliott Goldenthal, Joe Hisaishi… Bon, ça c’est fait. Non parce que les pointures, ça va cinq minutes… Place aux jeunes ! Les producteurs de MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ? ont retenu la candidature d’Erwann Kermorvant pour le poste de compositeur, tâche qu’il a acceptée avec un enthousiasme mêlé de fébrilité, tel un petit garçon lâché dans les rues de San Fransisco à qui on a enlevé les roulettes de son vélo. Le parcours initiatique du jeune musicien est fait de nombreuses rencontres lors de grands déplacements et la formation classique suivie d’un rêve américain ont forgé un figurant qui devient peu à peu un véritable acteur sur la scène musicale du Cinéma français. Le fait que sa première réplique est une comédie ne le bride pas dans son expression, au contraire, puisqu’il compose un score surprenant par sa richesse et son caractère décomplexé. Le compositeur a pu aborder plusieurs genres et se donner à fond grâce au matériel orchestral sans ignorer pour autant une parcimonie parfois nécessaire. La partition est riche, bourrée de références plus qu’agréables pour les amateurs et déborde d’une énergie nouvelle dans le paysage cinématographique français parfois atteint de casse-couilles-thérose. Alors même si la musique originale d’Erwann Kermorvant n’atteint pas tout à fait la demi-heure sur le disque, nous avons eu la joie de le rencontrer chez lui afin de parler de ses expériences musicales personnelles et professionnelles.
 
RENKONTRES

Dtd) Est-ce qu'il manque des morceaux importants de la musique originale sur le disque ?
Erwann Kermorvant) Importants, je ne sais pas... Bon, il faut dire ce qui est, il y a certaines bandes originales qui sont vraiment indigestes à écouter. Les musiques sont d’abord écrites pour le film mais certaines s’écoutent mal en dehors de leur support. En tous cas, il fallait d’abord placer les chansons. On ne les entend pas beaucoup dans le film mais elles jouent un vrai rôle. C’était donc évident que je n’allais pas tout mettre. Il y a peut-être un ou deux morceaux que j’aurais bien voulu ajouter mais je ne suis pas persuadé qu’ils étaient vraiment nécessaires. On a essayé de faire quelque chose qui raconte le film avec les thèmes les plus importants, sans que cela soit trop indigeste à écouter.

Dtd) Mais la bande originale est déjà variée en elle-même.
EK) Oui. Déjà, le fait qu’il y ait tout le programme radio de Kad et Olvier apporte une vie à l’ensemble. Quand on a commencé à travailler sur le disque avec le producteur et l’ingénieur du son, on a plutôt pensé à quelque chose d’alterné : le premier montage de la bande originale alternait les morceaux orchestraux avec les chansons. En fait, on ne savait pas du tout qu’ils allaient faire une émission de radio et on était parti dans une optique Tarantino, avec une bande originale un peu mélangée avec des dialogues. Mais ce n’était qu’une proposition.

Dtd) C’est surprenant car un compositeur a plutôt tendance à « préserver » sa musique en la laissant en un seul bloc.
EK) Je trouvais que ce montage racontait mieux le film. J’aime bien les bandes originales à la Tarantino qui donnent l’impression de revoir le film. C’est vrai que c’est différent parce qu’il utilise très peu de score dans ses films mais on a quand même voulu raconter le film de cette manière. Alors peut-être que cela ne met pas autant le score en valeur mais voilà, c’était juste une démarche de notre part.

Dtd) L’avenir vous sourit-il avec ce projet ?
EK) Je ne sais pas… C’est difficile à dire car je n’ai aucune idée des retombées possibles. J’essaie de…

Dtd) … de ne pas vous faire de films ?
EK) Oui, c’est effectivement cela (sourires). J’essaie vraiment de ne pas projeter. Il y a des gens avec qui je travaille depuis quelques temps, notamment Laurence Katrian qui m’a mis le pied à l’étrier en termes d’importance de projet, ou Michel Leray que j’adore et avec qui j’ai vraiment hâte de retravailler.

Dtd) Est-ce le réalisateur de LA TOILE ?
EK) Oui, et de BLOODY CHRISTMAS (avec Kad Merad – SF) qui est un vrai régal. Ce qu’on voit de LA TOILE sur mon site Internet est une fausse bande-annonce que j’ai montée moi-même. En fait, Michel monte énormément de bandes-annonces et il est musicien également. Quelque chose que j’adore chez lui est qu’il a vraiment le sens de la musique. Il sait exactement ce qu’il veut, il est très précis… Et j’avais envie de mon côté, de me lancer dans le montage ! On a pris le court-métrage et on en a fait un petit clip pour montrer l’ambiance du film car on n’aurait pas pu mettre les neuf minutes en ligne. Il y a aussi Olivier Ayache-Vidal avec qui j’ai travaillé sur UNDERCOVER. C’est une fausse bande-annonce très film américain avec un acteur dans la salle de cinéma qui intervient et commence à réagir avec le film. Cela donne des réactions géniales en salle. Avec Michel et Olivier, il y a Catherine Vrignaud pour qui j'ai fait des courts-métrages et une pièce de théâtre. Ce sont des gens qui ont des univers bien à eux et j'aime bien travailler avec eux.

Dtd) Vous avez étudié la clarinette ?
EK) Je ne suis un bon clarinettiste, je vous le dis tout de suite (rires) ! Je suis capable de jouer des trucs mais je n’étais pas très assidu. J’ai étudié jusqu’à dix-sept ans puis j’ai eu un passage à vide où je me demandais ce que j’allais faire de ma vie. J’écrivais déjà un peu et je suis parti aux Etats-Unis mais ce n’était pas prémédité. C’est quelqu’un qui m’a soufflé l’idée à l’oreille et je suis allé voir ! C’est en voyant la session d’enregistrement de BATMAN LE DEFI que je me suis dit : « Ouah ! » J’ai toujours aimé la musique de films et celle de BATMAN en particulier. C’était au studio Sony, il y avait cent vingt musiciens… Et comme je suis issu d’une formation classique, je voyais la musique de films comme le seul moyen de faire de la musique classique tout en gagnant sa vie. Le milieu de la musique classique est très dur : j’ai entendu qu’un pianiste avait décidé d’arrêter sa carrière parce qu’il en avait marre de jouer pour le troisième âge. Ceci dit, j’adore toute la musique classique. Mais cela me hérisse toujours les poils quand j’entends des compositeurs qui pompent allègrement sur le classique… Bon, ils font ce qu’ils veulent (rires). Je ne pourrais pas dire que je ne suis pas influencé parce que ce serait faux. Je suis sûr que si quelqu’un se penche sur ce que j’ai fait pour Kad et O va trouver des références à droite et à gauche : il y en a partout, c’est évident ! On est forcément influencé par ce que l’on écoute. Il y en a certains qui vont loin quand même mais on ne peut pas leur jeter la pierre. Quand Stanley Kubrick a mis Ainsi parlait Zarathoustra en musique temporaire pour 2001, L’ODYSSEE DE L’ESPACE, ce qu’a fait Alex North est splendide mais c’est Ainsi parlait Zarathoustra ! Donc, il n’y avait aucune raison de ne pas garder le morceau classique ! Et c’est toujours dur dans ces cas-là. Quand j’entends STALINGRAD, c’est ALEXANDRE NEVSKY ; GLADIATOR, c’est Mars des Planètes. Il est évident qu’à un moment, une personne a pris la décision d’utiliser des musiques temporaires. Et le compositeur se retrouve avec du Sergeï Prokofiev ou du Gustav Holst ! Pour MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ?, j’avais une scène avec la musique de DANSE AVEC LES LOUPS ! Ce n’est pas très grave, cela fait partie du jeu mais c’est difficile de faire aussi bien. Je suis donc partagé sur la musique temporaire : c’est bien car cela permet d’aller tout de suite dans la direction voulue, mais le réalisateur s’y habitue et le compositeur a du mal à s’en détacher… Ce n’est pas toujours simple.

Dtd) Cela dépend beaucoup du dialogue avec le réalisateur. Comment était-ce avec Eric Lartigau ?
EK) Eric est vraiment quelqu’un de super, c’est un régal. Tout s’est fait naturellement, il est très ouvert, il a plein d’idées. Il a une vision globale de la musique et c’était le cas pour tout le monde : pour Kad et Olivier, pour les producteurs… Et puis c’était assez évident, vu ce que voulait transmettre le film.


THE ROAD TO BORNSVILLE

Dtd) Le concept musical s’imposait de lui-même.
EK) Oui, que ce soit pour les chansons country ou pour le score avec ce côté complètement décadent, pour l’ouverture du film en l’occurrence.

Dtd) Eric Lartigau a réalisé des sketches pour LES GUIGNOLS DE L’INFO et ces séquences avaient déjà un cachet cinématographique, avec une belle photographie, l’utilisation de la musique…
EK) Oui, je ne sais pas lesquels il a réalisé exactement. Mais c’est vrai que dans LES GUIGNOLS, ils n’hésitent pas à reprendre du Danny Elfman d’ailleurs. Bon, moi j’adore, je suis un fan ! J’ai d’abord connu Elfman par son groupe Oingo Bongo et je crois que j’ai tous les albums. Il y a des choses vraiment surréalistes. J’ai acheté il n’y a pas longtemps le Dvd du tout dernier concert de Oingo Bongo. Ils ont arrêté il y a quelques années maintenant et ils avaient fait un concert qui s’appelait Farewell. C'est extraordinaire, on trouve déjà dans les premiers albums de Oingo Bongo tout Danny Elfman, BATMAN, PEE WEE, BEETLEJUICE… Pas les thèmes mais les couleurs, les arrangements des chansons… Il formait déjà un duo avec Steve Bartek à l’époque. J’aime le côté un peu cirque, cela m’amuse toujours (sourires).

Dtd) Croyez-vous qu’il existe une génération de réalisateurs français qui cultive la musique de films et qui portent une attention particulière à la musique de leurs films ?
EK) C’est vrai que la musique est souvent le parent pauvre. Je ne connais pas suffisamment de réalisateurs pour faire une généralité, mais ceux avec qui je travaille régulièrement sont effectivement très attachés à la musique. Ils sont investis dans la musique et j’espère qu’ils vont continuer comme cela, c’est tellement merveilleux. Je parlais de Michel Leray tout à l’heure et c’est pareil pour Laurence Katrian : quand on travaille ensemble, elle est là en permanence, elle écoute chaque morceau plusieurs fois, je lui fais des copies qu’elle écoute chez elle… Pour MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ?, Eric était là à chaque stade du développement, il venait tous les jours au mixage, même le mixeur disait : « je n’ai jamais vu cela de ma vie » ! Donc je touche du bois car tous ceux avec qui je travaille sont vraiment investis dans la musique et cela fait plaisir. Je suppose qu’ils ne sont pas les seuls mais je ne connais pas assez le milieu du Cinéma pour le dire. Je ne sais pas si on a une production en France qui appelle cette « débauche » qu’il y a aux Etats-Unis. On a culture du Cinéma qui est beaucoup plus intime, plus basée sur les personnages et sur les textes. Et c’est rigolo de voir à côté de cela des productions comme BLOODY MALLORY ou MALEFIQUE qui s’éloignent des films français types. Et on très proche de la comédie, un genre qui ne demande pas spécialement un score démesuré. A ma connaissance, il n’y a pas des millions de films d’aventure ou des films avec beaucoup d’ampleur, sauf MANON DES SOURCES ou des choses comme cela. Mais c’est pas mal que l’on ait un peu une identité… En fait, je suis en train de me saborder moi-même en disant cela (rires) ! Mais j’aimerais beaucoup écrire pour un quatuor à cordes pour un film plus intime. MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ?, c’est un régal mais je ne cherche pas à faire que cela.

Dtd) MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ?, c’est comme conduire une Porsche ?
EK) Oui, une Porsche sans freins ! Une Porsche de trente cinq tonnes lancée à deux cent quarante à l’heure dans une ruelle juste assez large (rires) ! Il ne faut donc absolument pas se rater, c’était un peu cette sensation par moments.

Dtd) On voit avec vos travaux pour les courts-métrages et la télévision que vous abordez des genres différents.
EK) Comme j’étais le petit dernier de la famille et que j’ai trois grands frères, je n’avais pas tellement le choix pendant longtemps d’écouter ce que je voulais. J’écoutais donc du classique en cachette et mes frères me nourrissaient un peu avec le rock des années 70, Led Zep, AC/DC, et toute la musique de cette époque. Et j’ai joué pendant très longtemps dans des groupes de funk. Mon premier groupe était un groupe de rock, du rock progressif, et on faisait des reprises de Genesis, de Yes, de Kansas… Il y avait un décalage parce que l’on avait quinze ans et on jouait des musiques de groupes qui existaient quand on n’était pas né, ce n’était pas la musique du moment alors on avait du mal à faire passer notre enthousiasme auprès du public (rires) ! Après, j’ai eu une période funk. J’aime bien tout cela. Le générique de fin de BLOODY CHRISTMAS, c’est du métal ! A côté de cela, j’écoute aussi du Rammstein et je trouve cela génial !

Dtd) C’est assez costaud Rammstein !
EK) Oui mais c’est bien fait, c’est bien produit, c’est propre ! Il y a une grosse énergie, c’est ce qui se rapproche le plus d’un orchestre au niveau patate ! Et il y a des arrangements aux synthés qui sont très fins. Bon, cela peut paraître un peu violent mais…

Dtd) Ils ne vous ont pas invités à jouer de la clarinette ?
EK) Non, ils ne m’ont pas invités (rires). C’est Michel Leray qui me fait découvrir plein de trucs néo-métal : Watcha, Clawfinger… Et j’adore cela, je suis client à 200% ! Mais c’est vrai que j’aime bien mélanger un peu tout cela : j’aime bien mettre de la guitare électrique sur un orchestre symphonique, cela ne me dérange absolument pas. Je l’ai fait d’ailleurs sur MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ?, mais on ne l’entend pas beaucoup car on l’a baissée au mixage.

Dtd) Est-ce une qualité d’être polyvalent ?
EK) Je ne sais pas. Sans doute. Ma diversité vient surtout de ma formation : à la Grove School, on apprenait à écrire un style par semaine. C’est à double tranchant car on m’a fait la remarque que l’on ne savait pas ce que je savais faire parce que je savais un peu tout faire (rires) ! J’ai toujours trouvé cela très drôle. Il y a plusieurs personnes qui m’ont dit cela, peut-être parce qu’ils n’aimaient pas ma musique et qu’ils cherchaient un moyen de me jeter ! Alors une qualité, je ne suis pas sûr. En tous cas, je trouve cela intéressant et c’est pour cela que j’ai choisit la musique de films : on n’y est pas cantonné à un seul genre, même s’il y a des gens qui continuent à tout mettre dans des cases. J’ai la chance de travailler avec des gens qui ne sont pas trop comme cela et me permettent de faire du funk, du score… Je pense qu’il y a plein de compositeurs qui savent faire plein de choses : quand on écoute le Cantina Band de John Williams pour LA GUERRE DES ETOILES, c’est du pur jazz. ATTRAPE-MOI SI TU PEUX, c’est pour moi du Williams comme il devrait en faire plus souvent. AMERICAN BEAUTY de Thomas Newman, c’est un Ovni ! C’est aussi cela l’idée de la musique de films, c’est de pouvoir expérimenter des choses que l’on n’a pas forcément faites. J’adore découvrir des instruments et me demander ce que je pourrais faire avec.

Dtd) Souhaitez-vous apporter une touche personnelle au Cinéma français ?
EK) J’espère que je commence à avoir mon propre univers. Mais ce n’est pas à moi d’en décider, cela dépend des réalisateurs avec qui je travaille. Michel Leray par exemple, a un univers très marqué alors que la musique qu’il me demande n’est jamais la même. Ce sont des percussions et des voix japonaises pour LA TOILE, une espèce de GHOST IN THE SHELL dans l’ambiance, alors que c’est du symphonique pour BLOODY CHRISTMAS. J’essaie surtout de m’adapter car c’est important de se demander ce qu’il faut pour un film, même si j’arrive à me faire plaisir.

Dtd) Vous parliez de MALEFIQUE tout à l’heure. Voulez-vous faire des films de genre ?
EK) C’est fait, avec BLOODY CHRISTMAS justement. Il a eu le prix du court-métrage à Gérardmer. Ecoutez, ce que je vous propose, c’est de le regarder.

Dtd) Oui, d’accord !
EK) (Après le visionnage du film) Voilà, on ne pas faire plus « film de genre » que cela ! En fait, tous les films sur les quels j’ai travaillé sont des films de genre, même MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ? Et finalement, c’est ce qu’il y a de plus facile à faire parce que les choses sont assez évidentes : les sentiments des personnages... Les intentions sont claires. BLOODY CHRISTMAS était une blague à faire. Les indications de Michel étaient les mêmes que celle d’Eric sur MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ?: « Vas-y à fond ! » Cela me paraissait naturel, même s’il faut trouver un thème, doser… Ah mais c’est un métier, hein (rires) !


SHERIFF PEPPER

Dtd) En parlant de l’ampleur de la musique, pensez-vous que l’on peut appliquer le côté décalé de MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ? sur un film sérieux ?
EK) Oui, c’est quasiment sûr que cela marcherait ! Bon, c’est peut-être un peu beaucoup par moments mais on doit pouvoir coller l’envolée lyrique sur le faux ralenti ou le morceau Nuggets Prend Le Train sur un bon vieux LEGENDES D’AUTOMNE !

Dtd) Y a-t-il une frontière entre le faux sérieux et le pompeux ?
EK) Je pense que ce que j’ai fait est super pompeux (rires) ! Il fallait être un cran juste au-dessus du sérieux en fait.
Mais il y a des fois où je me suis dit que je n’aurais plus jamais l’occasion de le faire (rires) ! Ce qui est dommage d’ailleurs, parce que c’est tellement drôle à écrire ! C’est si agréable d’y aller à fond, d’envoyer comme jamais ! On ne peut pas faire autrement que de se faire plaisir car plus on en fait, plus c’est drôle !

Dtd) Et cela ne dénote pas par rapport à la technique du film, avec sa photographie stylée, etc…
EK) L’idée était de faire en sorte que les gens qui n’ont jamais vu un film américain en Vo ne fassent pas la différence. C’était le but du jeu. La photographie et les cadrages m’ont bluffé quand j’ai vu les rushes, on s’y croirait !

Dtd) Et vous disposiez d’un orchestre pour votre baptême du long-métrage. Comment cela s’est-il passé ?
EK) Cela s’est super bien passé parce que les gens avec qui j’ai travaillé étaient vraiment extraordinaires, aussi bien les musiciens que le chef d’orchestre. Je ne le sentais pas de diriger, même si j’ai une formation pour cela et que je l’ai déjà fait, parce que l’on était limite de partout. Il y avait très peu de temps pour enregistrer et il ne fallait pas se planter. La marge de manœuvre était quand même assez réduite et il y a pas mal de fois où le producteur qui était dans la cabine qui faisait… (il pointe son poignet du doigt – SF) (rires) Ce n’était pas méchant, au contraire, c’était une bonne indication : il m’indiquait à certains moments qu’il fallait avancer car on avait six heures d’enregistrement pour quarante minutes de musique. C’est peu. C’est même très peu. Ceci dit, je ne ma plains absolument pas parce que quelqu’un a pris le soin d’investir dans un enregistrement de cette qualité et je ne pouvais pas demander mieux. C’est suffisamment rare pour le signaler. Il y a assez peu de productions en France qui se donnent de tels moyens. Il y en a de plus en plus heureusement, avec les orchestres de l’Europe de l’est par exemple, il y a des moyens de s’en sortir… Donc voilà, c’était bien mais c’était juste au niveau du temps , donc il fallait avancer. Pression, pression, pression (sourires).

Dtd) Où avez-vous enregistré ?
EK) A Paris, au studio de la Grande Armée pour les bois, les cuivres, les percussions et la harpe. Et à Rome pour les cordes avec un orchestre qui s’appelle Orchestra Citta Aperta et qui commence à faire de la musique de films. Ils travaillent bien et vite. Bon, ils ont un côté italien, c’est à dire que les pauses de cinq minutes en font quinze (rires) mais je me suis bien amusé avec eux. C’est dommage pour les uns comme pour les autres que l’on n’ait pas tout fait en même temps parce que les musiciens regrettaient de ne pas pouvoir tout entendre. Mais cela donnait des possibilités de correction, par exemple si on ne voulait que l’arrangement de cordes. Cela nous donnait un peu de marge de manœuvre et la possibilité de réorchestrer un morceau. Il nous est arrivé une fois de supprimer les cordes sur un morceau dont l’arrangement était en fait trop puissant pour la scène. C’est un peu de la triche parce qu’une balance d’orchestre, c’est une balance d’orchestre. Mais puisque l’on avait très peu de temps, on a mis toutes les chances de notre côté. Et Philippe Avril a fait du bon boulot sur le mixage, c’est un fou. D’ailleurs, son studio s’appelle TexAvril. C’est un grand comique aussi (rires) ! J’ai adoré bosser avec lui, c’est un mec qui ne lâche pas le morceau : tant que ce n’est pas parfait, il n’en veut pas ! On a travaillé beaucoup de mixes car même si les prises étaient très belles, il fallait jouer sur les niveaux des deux enregistrements séparés. Je crois qu’il y avait quatorze micros pour les cordes, des micros d’ambiance, des micros de proximité, des micros pour le son 5.1, et on devait chercher le son que l’on voulait en faisant les balances entre tout cela. On voulait un grain un peu seventies alors on a fait un transfert sur bande analogique pour patiner le son. C’est à peu près les seuls trafics sonores que l'on ait faits.

Dtd) Avez-vous utilisé ce genre de choses pour le personnage de Bullit ?
EK) Oui, pour la scène de la villa au début du film. Après avoir visionné un premier montage avec la production, le réalisateur et d’autres personnes, j’ai parlé avec Eric Lartigau, ce que je n’avais pas beaucoup fait auparavant. Nous avons parlé de musique et nous en sommes venus à parler de Prince. Nous adorions tous les deux et Eric m’a dit qu’il voyait bien du funk sur la scène de la villa. Je lui ai dit : « Bouge pas, tu ne me le diras pas deux fois ! » (rires) Je suis rentré chez moi et j’ai fait ce truc un peu à la SHAFT. Eric n’a pas eu besoin d’insister pour que je le fasse parce que j’adore cela. C’est DEUX FLICS A MIAMI ! Le costume blanc, la chemise rose… c’est Don Johnson quoi ! On s’est fait plaisir.

Dtd) Et pour Ripper ?
EK) Cela fait partie de l’ouverture du film. Il y a d’abord le thème de Pamela Rose qu’on retrouve plusieurs fois dans le film, notamment à la fin lorsqu’on apprend qui est le tueur. Et puis il y a ce thème à la JAMES BOND qui m’est venu comme cela, je me demande bien pourquoi. En fait, nous avons un peu cherché. Il fallait lancer le film, il fallait une accroche et ce n’était pas facile de trouver le ton. Ripper est triste parce que c’est son dernier cours à l’académie et en même temps, il se la raconte un peu. Cela faisait tellement longtemps que je voulais faire un clin d’œil à GOLDFINGER ! J’ai trouvé ce thème et je me suis dit : « C’est trop drôle, je le garde ! » (rires)

Dtd) On sent déjà une atmosphère de polar quand Bullit prépare la scène du deal.
EK) Oui, avec la contrebasse. Mais ce n’était pas exactement cela au départ. J’avais fait un truc uniquement avec des cordes mais c’était un peu trop glauque. Eric m’a demandé de garder un rythme car il y a de la tension. C’est pour cela que j’ai utilisé le charley (instrument composé de deux cymbales dont une fixe – SF) pour le côté suspense. Et il y a un côté BULLIT justement dans tout le film mais avec un personnage qui s’appelle Bullit, c’était un peu facile (rires) !

Dtd) Pour la scène où Bullit va voir son collègue dans le coma, vous disiez avoir DANS AVEC LES LOUPS en musique temporaire. Avez-vous tenté de faire aussi mignon que le thème Two Socks ?
EK) Ah oui, il fallait que ce soit ridicule ! Il fallait une musique dans le genre de Bullit qui cligne des yeux !

Dtd) (rires) On dirait que c’est son regard naturel !
EK) Mais c’est son regard naturel ! Il est comme cela tout le temps ! Et en fait, c’est pour cela que le thème de DANSE AVEC LES LOUPS y était bien, l’idée étant de faire aussi bien. Sniff ! C’était tellement difficile (rires) ! Il fallait dédramatiser la chose car ce n’était surtout pas dramatique/ Johnson est dans le coma mais Bullit lui raconte n’importe quoi ! Je ne pouvais pas mettre les grands violons alors j’ai fait quelque chose de printanier. C’était la deuxième partie du thème qui était vraiment difficile parce que c’est de la pure comédie. C’est dur de ne pas tuer la comédie quand elle est vraiment là. Il fallait rester dans l’idée, garder l’énergie et rester un peu en retrait.

Dtd) On entend souvent que la musique de comédie est la plus difficile à écrire.
EK) C’est clair. J’ai fait une comédie avec Laurence Katrian l’année dernière, c’était un enfer ! C’est le dosage par excellence car il faut raconter quelque chose sans en faire trop. Donc, pour cette scène dans l’hôpital, il y avait une musique temporaire un peu jazzy et j’ai forcé le trait. J’aimais bien l’idée du jazz, il y a un côté tout fou avec les trompettes et les cors bouchés et un rythme un peu be-bop.

Dtd) Le personnage de Ginger est finalement assez sobre, non ?
EK) C’est vrai qu’elle est assez « normale ». C’est marrant car il n’y a pas beaucoup de gens qui ont fait le rapprochement avec TWIN PEAKS. Pourtant, Pamela Rose / Laura Palmer, deux flics du Fbi dans un bled paumé… Les gens sont d’apparence normale dans TWIN PEAKS et Ripper a le look d’un mec normal, sa compagne ne pouvait donc pas être une nymphette ou une bimbo.

Dtd) C’est votre thème qui fait comprendre que Ripper tombe amoureux.
EK) On a pensé ralentir la musique également , comme le faux ralenti de la scène. J’ai fait quelques essais mais ce n’était pas convaincant. On a préféré la jouer super langoureux et leur thème est en effet complètement démesuré par rapport à ce qu’ils sont. On s’attendrait à voir Brad Pitt et Julia Roberts mais ce n’est pas du tout cela.

Dtd) A l’image des détails visuels présents dans le film, y a-t-il des détails musicaux moins décelables que les grands violons par exemple ?
EK) Le violon tzigane sur l’enfant tapir (rires) ! Sinon, dans les trucs un peu subtils dont il n’y a peut-être que moi qui me rends compte, j’avais fait quelque chose pour la scène de la plaque d’immatriculation. J’avais utilisé un banjo et une guimbarde dans un pur style western. Il y a la même idée quand Ripper et Bullit rencontrent le shérif Marley dans le motel. Ils discutent entre eux et ils tournent. En fait, c’est une histoire géniale. Eric Lartigau n’avait pas le temps de tourner chaque réplique en champ / contrechamp, alors il leur a demandé de tourner entre chaque réplique pour qu’il fasse le montage ensuite. Mais ils étaient tous explosés de rire car cela ne voulait rien dire ! En plus, on entendait le bruit des éperons ! Cling, cling, cling (rires) ! C’était le western avec les personnages qui se tournent autour mais visuellement, c’était n’importe quoi (rires) ! L’idée était de faire la même chose avec la musique. Cela n’a pas été gardé dans le film, mais il y avait une ponctuation à la guimbarde et au banjo à chaque tour.

Dtd) Parlez-nous de la scène de la ballade dans le parc.
EK) Là, c’est Disney qui surgit ! J’en avais vraiment envie ! Mais on n’avait pas prévu de faire une musique aussi présente sur cette scène, plutôt une légère ambiance de fond. Je l’ai écrite pour m’amuser et on m’a dit : « On la garde ! » J’avais déjà un peu en tête la petite flûte… Il ne manque plus que les petits oiseaux qui se posent sur leur épaule et on y est. C’était très plaisant d’écrire ce morceau, un vrai petit bonheur (sourires).

Dtd) Et vous vous êtes lâché pour la scène de la voiture piégée !
EK) Oui ! C’est une des toutes premières scènes sur lesquelles j’ai travaillées. En fait, le tournage et le montage se déroulaient en même temps et c’est une des scènes que j’ai eues assez tôt. Je devais mettre la patate comme jamais alors qu’ils font une cascade à 20 km/h ! Il ne se passe pas grand-chose mais il fallait encore grossir le trait : il y a des moments un tout petit peu plus subtils mais là, il fallait appuyer comme un fou ! J’avais fait une première version déjà bien violente mais on m’a dit d’y aller encore plus fort (rires) ! Du coup, j’ai fait un truc dans le genre de DARK CITY, un thème d’action assez percutant.

Dtd) Etait-ce un morceau difficile à écrire ?
EK) Non. Encore une fois, ce n’est pas ce genre de choses qui est le plus difficile car c’est plutôt évident. Il y a de la masse et de l’ampleur, donc pas mal de choses à gérer en même temps mais musicalement, je savais exactement ce qu’on voulait de moi. La scène de l’hôpital m’a demandé plus de temps. Le procédé d’écriture était un peu spécial car on m’a demandé d’écrire quelques thèmes sans avoir les images pour qu’ils puissent commencer à monter le film. Il y a donc le thème de suspense, celui de Pamela Rose, ainsi que le morceau pour le personnage de Canon. On m’avait demandé de faire un truc à la Angelo Badalamenti pour celui-là alors j’ai fait un thème de deux ou trois minutes un peu langoureux et sombre à la David Lynch. C’est d’ailleurs moi qui joue de la clarinette dessus. Si mon professeur écoute cela, il sera vert ! Ce n’est pas le plus beau son de clarinette du monde car je l’ai enregistré chez moi, mais le grain était intéressant et on y a mis beaucoup d’effets pour que ce soit joli !

Dtd) (rires) Mais votre professeur ne tombera pas dans le panneau !
EK) Non, s’il écoute cela, il me dirait : « Ah lala, qu’est-ce que c’est que cela ? Je ne t’ai pas appris la clarinette pendant dix ans pour entendre cela ! » (rires) J’en profite pour lui dire bonjour. Mais c’était intéressant de travailler sans images car je me sentais libre pour écrire ces thèmes, je n’avais jamais travaillé comme cela. Il y a une scène qui n’est pas dans le film mais qui sera dans le Dvd, tout un passage avec Thierry Frémont en conducteur de train et un gamin assis sur une barrière qui joue du banjo de plus en plus vite. C’est une des scènes sur lesquelles j’ai passé le plus de temps parce que je ne sais pas jouer du banjo et il fallait que je fasse un truc dans le genre de DELIVRANCE avec un banjo solo. J’ai donc appris à jouer du banjo sur le net (rires) ! Ce sera un très beau bonus !


KAMOULOX !

Dtd) Avez-vous travaillé sur le Dvd de la série QUI A TUE PAMELA ROSE ?
EK) Oui, cela fait d’ailleurs partie du cheminement. Kad a bien aimé ma musique pour BLOODY CHRISTMAS. Parallèlement à cela, j’avais écrit un thème pour ce Dvd et la production m’a demandé de participer à l’appel d’offre pour le film. En fait, le thème utilisé pour la série QUI A TUE PAMELA ROSE ? était une musique de film et ce n’était pas gérable en termes de droits. Qui a écrit THE SCORE ?

Dtd) C’est Howard Shore.
EK) Je coûte moins cher que Howard Shore, surtout maintenant (rires) !

Dtd) Vous considérez-vous toujours comme un « parisien forcé » ?
EK) (rires) J’ai toujours été content d’être à Paris, j’aime beaucoup cette ville. Mais c’est vrai que j’envie Gabriel Yared qui vit à l’Ile aux Moines dans le Golfe du Morbihan. Quand j’aurais écrit autant de musiques de films et que j’aurais un Oscar, on en reparlera !

Dtd) Pour finir, quels souvenirs gardez-vous de votre séjour aux Etats-Unis, en dehors du domaine purement scolaire ?
EK) J’avais la chance d’être l’assistant, entre guillemets car je n’assistais pas grand-chose, d’un pianiste de studio qui s’appelle Ralph Grierson. Ce mec est une brute épaisse, c’est à peine concevable (rires). Les musiciens de studio aux Etats-Unis sont des monstres, il faut les voir bosser ! Il y a de bons musiciens en France, je ne leur retire rien même si j’ai l’air de faire l’apologie des américains, mais j’ai vu des musiciens là-bas qui jouaient de ces trucs… Je suivais donc Ralph aux sessions d’enregistrement, mais pas partout parce qu’il y a des projets vraiment trop importants. Je sais que pour LES EXPERTS, les gens devaient avoir des badges ! C’est une très belle musique d’ailleurs, une de mes favorites de James Horner. Si je dois dire une chose sur James Horner, c’est que j’adore le thème d’ouverture des EXPERTS et d’ailleurs, je lui rends un hommage dans MAIS QUI A TUE PAMELA ROSE ? mais je ne dirais pas sur quel morceau, à vous de trouver ! J’ai le souvenir d’une session où j’étais donc avec un bassiste qui me dit en montrant Ralph : « Tu vois ce mec ? Et bien lui, c’est le meilleur » (rires) Et c’est quelqu’un qui a passé vingt ans en studio ! Et j’ai donc eu la chance de passer énormément de temps avec Ralph Grierson, de rencontrer beaucoup de gens du milieu et de savoir ce qu’ils faisaient. C’est quelqu’un que j’estime énormément et sans qui je n’en serais pas là aujourd’hui. Il n’a jamais voulu m’apprendre la Musique mais ce qu’il y a autour : le professionnalisme, l’attitude à adopter, les obligations. Il reste un des meilleurs pianistes que j’ai rencontrés. Le plus bel exemple est que John Williams a écrit le thème de fin d’E.T. L’EXTRATERRESTRE pour lui. Ralph m’a dit que c’était un des morceaux les plus difficiles qu’il ait eus à jouer. Et il le joue divinement, j’ai les poils des bras qui se dressent à chaque fois que je l’écoute. C’est au-delà de la technique car on ne se dit à aucun moment que c’est compliqué. C’est magique. Donc, tout cela m’a apporté l’humilité, je veux dire l’humilité par rapport à la Musique en général. J’espère que je l’ai et que je vais la garder car on trouve toujours meilleur que soi. Je sais que je ne serais jamais capable d’écrire comme Jean Sébastien Bach ou Sergeï Prokofiev. Ou même parmi les compositeurs français, à chaque fois que j’écoute ce que fait Bruno Coulais, je me demande pourquoi je fais de la musique de films ! Et c’est ce qui me pousse en même temps.

Remerciements particuliers à Elisabeth Barriol (WarnerMusic) et à Erwann Kermorvant pour sa sympathie et son talent.

Sébastien Faelens
 
 
 
 
 
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